04/12/2018
Fascinants faux au château de Schadau.
Ce qui se pratique éhontément aujourd’hui en politique et ailleurs était déjà très en vogue lorsque le château de Schadau a été construit à Thoune : le faux. Ces contrefaçons historiques sont à contrario d’un charme considérable.
Du plâtre imitant le marbre ou le lambris de chêne, des éléments en métal qui ne révèlent leur nature de bois qu’au troisième coup d’œil. Un revêtement mural en cuir somptueux… en papier. En flânant dans le château de Schadau, on n’en finit plus d’être émerveillé. On se demande alors si les maîtres d’ouvrage d’antan manquaient simplement de moyens financiers, ce qui les a poussés à transformer des matériaux ordinaires en surfaces somptueuses grâce à de telles contrefaçons audacieuses.
Non, pas du tout. Le châtelain Abraham Denis Alfred de Rougemont-de-Pourtalès et son épouse Sophie étaient très fortunés. Ils auraient aisément pu s’offrir du marbre, du chêne et d’autres matériaux précieux. Mais à cette époque, il était tout simplement très chic d’installer des contrefaçons. Ainsi, Alfred et Sophie invitèrent les maîtres de cette discipline à Thoune afin qu’ils offrent au château de Schadau un intérieur artistique et ludique.
Le simili-marbre dans le couloir du 1er étage est un bel exemple de cet artisanat, aujourd’hui méticuleusement rafraîchi par des restaurateurs d’art. Huit « types de marbre » différents se trouvent ici dans un espace étroit. Les dimensions standard des dalles de marbre de l’époque y sont évoquées grâce à l’ajout de « joints ». Or il n’y a pas de règle sans exception : Les tapisseries en cuir dans la salle Rougemont, considérés comme des faux, sont authentiques. Ils ont pendant longtemps été attribués à tort à Paul Balin, le grand maître des tapisseries en cuir faites de papier. Balin, menacé par la pauvreté, sera en effet contraint ultérieurement de vendre ses brevets exclusifs, engendrant ainsi un nombre incalculable de copies. Il s’avère que même les faux sont contrefaits !